Inondations consécutives à la tempête Xynthia de février 2010

Mise à jour le 21/05/2018


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Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, une forte dépression baptisée Xynthia balaye la France. Bien que les rafales de vent n’aient pas atteint le niveau des tempêtes Lothar et Martin en 1999 ni de Klaus en 2009, la conjonction des vents violents, de grandes marées et de la pleine mer a donné lieu à une onde de tempête dévastatrice. Cette dernière a occasionné d´importantes inondations, notamment en Charente-Maritime, Vendée et Côtes-d’Armor. Le phénomène de surcote a été amplifié par le niveau des cours d’eau déjà élevé après une semaine de forte pluviométrie. Les rafales maximales été comprises entre 120 km/h dans les terres et 160 km/h sur le littoral, avec un maximum de 161 km/h à Scillé (79).
710 M€
Dommages assurés hors automobile

Date de début
27/02/2010
Date de fin
01/03/2010


Départements concernés
Calvados (14), Charente-Maritime (17), Côtes-d'Armor (22), Deux-Sèvres (79), Finistère (29), Gironde (33) ...

 

LE PHENOMENE METEOROLOGIQUE : 

La tempête Xynthia est une dépression d’origine subtropicale (entre 23,5° et 40° de latitude) qui s’est creusée dès le vendredi 26 février au nord des Canaries. Elle fait suite à une succession de dépressions qui circulent depuis le 20 février sur une trajectoire remontant des Canaries vers l’archipel de Madère, le Portugal, la France et le Benelux.

La période du 20 au 28 février est donc caractérisée par un flux de secteur sud-ouest, dirigeant de l’air doux et humide vers la France, après un hiver pourtant remarquablement froid jusqu’à cette date. Cette période est particulièrement perturbée sur l’archipel de Madère (inondations catastrophiques et coulées de boue), le Maroc (effondrement de plusieurs édifices par mouvements de terrain) et le Portugal. La France subit le passage de nombreuses perturbations. Xynthia est la troisième et dernière dépression du « train de perturbations ». La dernière dépression est en général la plus violente d’une série, au moment où l’air froid plonge le plus au sud, amplifiant le contraste thermique, et donc la cyclogenèse (formation des dépressions).

La dépression est associée à un jet stream (vents en haute altitude) assez fort (de l’ordre de 220 km/h, ce qui n’est pas comparable aux 400 km/h observés lors des tempêtes de décembre 1999). Ces vents entraînent la dépression sur une trajectoire orientée sud-ouest / nord-est. Elle remonte des Canaries vers les côtes portugaises le samedi 27 février 2010, générant des vents forts (de l’ordre de 120 à 140 km/h en rafales). La dépression traverse le Golfe de Gascogne et touche terre au niveau des Pays Pays-de-la-Loire à minuit le dimanche 28 février 2010.

Au vu du creusement du centre dépressionnaire (pression minimale à 969 hPa), ainsi qu’en raison du fort mouvement rotatif, une alerte météo de niveau rouge est émise par Météo- France à 16h le samedi pour les Deux-Sèvres, la Vienne, la Vendée, et la Charente-Maritime, tandis que les deux-tiers de la France passent en niveau orange, des Pyrénées vers le nord-est.

Dès le samedi 27 février après-midi, alors que le centre dépressionnaire est encore au large des côtes portugaises, les vents du sud remontent de la péninsule ibérique vers la France. 
La première conséquence est le renforcement d’un puissant vent du sud sur la chaîne pyrénéenne, qui dépasse 140 à 160 km/h en stations de montagne ainsi qu’en certaines localités du piémont. C’est le principe de l’effet de fœhn : l’air qui redescend de la montagne se comprime et s’assèche en s’accélérant. En plus du renforcement des vents, les températures montent au fil des heures pour atteindre 20° à 25° en soirée en pays Basque.

La ville de Luchon (31) enregistre des rafales à 140 km/h. La chute d’un arbre en ville provoque une première victime. Les stations de montagne dépassent 150 km/h (La Mongie, Superbagnères), tandis que le vent au Pic du Midi de Bigorre (65), à 2880 m d’altitude, atteint 242 km/h. Les dommages sont déjà importants dans ces stations de sports d’hiver, notamment en ce qui concerne les remontées mécaniques. Des voitures sont renversées par le vent (Presse).

Samedi 27 au soir, toujours à l’avant de la dépression, les vents du sud remontent le couloir rhodanien, dépassant souvent 100 km/h dans le Lyonnais et en Dauphiné. Sur les hauteurs d’Auvergne et des Cévennes les vents sont compris entre 120 et 130 km/h. Le vent marin atteint 130 km/h en Roussillon.
Ce n’est qu’en fin de soirée et dans la nuit du samedi au dimanche que les vents liés directement à la dépression se lèvent sur le Centre-Ouest de la France, tandis qu’ils faiblissent sur les Pyrénées.

Comme prévu, l’arrivée des vents violents et d’une houle de 8 à 10 m coïncide avec la marée haute de coefficient 102 sur l’arc Atlantique, vers 05h00 du matin, le dimanche 28 février. Cette conjonction de facteurs entraîne un phénomène de surcote majeure, qui fut plus dévastatrice que les vents eux-mêmes.

A La Rochelle (17), la pleine mer est à 04h25 avec une hauteur d’eau théorique de 6,49 mètres. Elle coïncide avec l’entrée de la dépression par Belle-Île avec une pression de 968 hPa, facteur supplémentaire de l’élévation du niveau de la mer. Les vents atteignent alors les 160 km/h sur le secteur du pertuis Charentais, en tournant au secteur sud-ouest puis à l’ouest en fin de nuit, juste à l’heure de la marée haute. Ce deuxième concours de circonstances renforce la puissance de la houle qui s’engouffre dans les baies comme dans un entonnoir. Sur un site comme La Rochelle, c’est la pire configuration et cela accentue l’entrée de la mer dans le vieux port et dans la ville. 

Du fait de ces facteurs aggravants, cette surcote a vraisemblablement dépassé 1,50 mètres (en Bretagne, la tempête d’octobre 1987, qui fait référence, avait généré une surcote de 2,50 mètres), ce qui porte la hauteur d’eau à la pleine mer à près de 8 mètres, soit davantage qu’une grande marée de coefficient 120 (niveau maximal). A cela, il faut ajouter la hauteur de la houle de tempête mesurée à près de 6 mètres au large de l’île de Ré par les bouées océanographiques. Cette combinaison de la houle, de la surcote et du vent d’ouest qui pousse les masses d’eau vers le littoral porte la hauteur d’eau dynamique à beaucoup plus de 8 mètres à La Rochelle. Cette configuration est encore extrapolable si l’on tient compte de l’hydrographie et de la morphologie locale qui aggravent l’attaque des vagues en période de flot (marée montante) contre les digues qu’elles dépassent ou qu’elles brisent.

La zone comprise entre les îles de Ré et d’Oléron, La Rochelle et ses environs, dont l’Anse de l’Aiguillon, connaît en pleine nuit un véritable raz-de-marée, notamment entre La Tranche-sur-Mer et La Faute-sur-Mer, où de nombreux quartiers résidentiels sont construits légèrement au-dessous du niveau de la mer, derrière des digues qui subissent sans répit l’assaut de vagues de près de 8 mètres. La grande digue de l’Aiguillon cède peu avant 03h00 le dimanche 28 au matin, et l’eau se précipite brutalement par les brèches et envahit les communes avoisinantes. 

Dimanche matin, le cœur de la dépression circule vers la Haute-Normandie. L’axe des vents les plus forts reste parallèle à cette trajectoire, sur la droite de la dépression, soit des Pays-de-la-Loire au Centre, Bassin Parisien.

Peu avant 10h, on compte 1 million de foyers sans électricité : 325 000 dans le centre du pays, 300 000 dans l´ouest, 80 000 dans le sud-ouest et 20 000 dans le sud-est (source ERDF).

En cours d’après-midi, le centre de la dépression continue à remonter vers le nord-est, pour se situer à 16h.sur Lille puis à 19 h. sur l’est de la Belgique. Elle se comble lentement mais entraîne une situation de coup de vent sur le Benelux et l’Allemagne, conjuguée à de fortes pluies.
En liaison avec la marée haute de l’après-midi (coefficient 108), une surcote s’observe sur la Côte d’Opale. La configuration géographique s’y prêtant moins, les effets sont bien moindres que dans les estuaires atlantiques.

Les dernières rafales à 120 km/h en Lorraine, sur les Vosges et le Luxembourg marquent la fin de la tempête.


LES CONSEQUENCES HYDROLOGIQUES :

La tempête Xynthia a mis en exergue un phénomène de grande ampleur : les surcotes et submersions marines, qui constituent un risque naturel important en France. De nombreux littoraux sont potentiellement exposés. Il faut donc prendre en compte aussi bien les paramètres océanographiques (houle et marée de tempête) qu’hydrologiques (niveau déjà élevé des cours d’eau) pour comprendre le mécanisme de telles inondations.

La France subit le passage de nombreuses perturbations qui rétablissent une pluviométrie « normale » sur les régions septentrionales, après une période décembre-janvier très sèche mais froide. Ces précipitations sont intenses et parfois orageuses. Conjuguées au redoux et à une fonte nivale marquée, elles aboutissent à une saturation des cours d’eau et à des niveaux très élevés, notamment sur le bassin versant de la Loire aval et des cours d’eau descendant du Limousin. La Bretagne connaît également des débordements qui dépassent les seuils atteints en 1999, notamment en Côtes-d’Armor.

Avec le passage du centre dépressionnaire Xynthia dans le Golfe de Gascogne, une menace supplémentaire a concerné les bordures littorales. Il s´agit du phénomène de surcote qui se forme notamment dans les estuaires et embouchures. Trois facteurs contribuent à la surcote :
- une pression atmosphérique très basse,
- un fort coefficient de marée,
- un vent tempétueux qui pousse la houle vers le littoral et dans les embouchures.
A cela, viennent s´ajouter des niveaux des cours d´eau déjà élevés, dont les débits ont alors du mal à s´écouler vers la mer à marée haute, ce qui était particulièrement probant en Bretagne.

Le danger majeur pour la tempête Xynthia est donc à redouter lors des marées hautes jusqu´à la mi-journée du dimanche, en particulier pour l'estuaire de la Gironde et de la Loire (placés alors en alerte par Vigicrues) jusqu´au confluent Dordogne-Garonne. 

Le risque est maximal lors de la marée haute du dimanche matin, peu avant 05h00, avec un coefficient de 102. L´estuaire de la Loire est également touché avec la remontée du flux dans le fleuve. La marée haute à St-Nazaire a eu lieu à 04h00 dimanche matin, puis 16h43 (coefficient de marée 108) dimanche après-midi.

Au matin du 28, le service de surveillance des crues place en niveau orange la Loire aval entre Angers et la mer, l’Erdre (56), la Seudre (17) et la Laïta (29), en raison d’un écoulement fluvial rendu difficile par des niveaux élevés et la montée de la mer dans les estuaires.

En cours de journée, le risque de submersion par surcote reste marqué sur le littoral de la Manche, avec une pleine mer qui a eu lieu à 07h00 à Granville puis à 11h30 à Dieppe et 12h30 à Dunkerque. A ce moment-là, les vents sont à leur maximum sur cette zone. Conjuguée à la marée haute, l´action des vagues occasionne quelques dégâts dans le département de la Manche ou encore en baie de Somme où les vagues ont d´ailleurs franchi les digues sans toutefois inonder les secteurs urbanisés.

La tempête Lothar du 26 décembre 1999 a provoqué une importante surcote dans la Gironde, bien qu´à ce moment-là, le coefficient de marée n'était que de 77. Avec Xynthia, la surcote se situe à 15 cm en-dessous du niveau de 1999, avec un niveau de 6,90 m dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 février, contre 7,05 m le 27 décembre 1999. Cette surcote a été elle-même responsable d’inondations dans la centrale nucléaire du Blayais qui se trouve dans l’estuaire de la Gironde : le niveau du fleuve est alors monté d´ 1m50 au-dessus du niveau de la marée haute prévue. A Rouen, cette même tempête de 1999 avait provoqué l´élévation historique du niveau de la Seine à 9,91 m, soit plus que lors de la grande crue de 1910. Cette fois-ci, la Seine a atteint 8,86 m au passage de Xynthia.

  • 47 victimes
  • Inondations d’habitations (1000 maisons sinistrées en Vendée, 5000 en Charente-Maritime)
  • 767 personnes évacuées en Vendée et 2000 en Charente-Maritime
  • Inondations de commerces et de locaux industriels par submersion marine et débordement de cours d’eau secondaire
  • Dégâts dus au vent
  • Dégâts à la voirie
  • Véhicules submergés
  • Pertes d’exploitations commerciales et agricoles
  • 120 km de digues étaient à reconstruire en Charente-Maritime et 75 km en Vendée

Charron (17)

La Rochelle (17)

Yves (17)

La Faute-sur-Mer (85)

Aytré (17)

Les Portes-en-Ré (17)

La Flotte (17)

L'Aiguillon-sur-Mer (85)

La Couarde-sur-Mer (17)

Châtelaillon-Plage (17)

710 M€ (mise à jour le : 18/01/2016)

Montant des dommages assurés au titre de la garantie légale « catastrophes naturelles » hors automobile

Coût par commune pour l'ensemble du marché

Nombre de communes reconnues Cat Nat : 1527

Communes reconnues en état de catastrophes naturelle

Arrêtés Cat Nat associés